Rôle des politiques publiques dans la promotion de l’activité physique


Le rapport entre santé et activités physiques ou sportives est complexe. Il dépend de l’état sanitaire initial, de facteurs génétiques, de facteurs environnementaux, de la nature de l’activité physique ainsi que sa fréquence et de la période durant laquelle elle est pratiquée. Les effets bénéfiques de l’activité physique ont été largement démontrés pour limiter la progression des maladies métaboliques, cardiovasculaires ou neuro-dégénératives, de certains cancers, de la dépression, ou pour favoriser le développement cognitif. L’activité physique intervient également dans le contrôle du poids et le maintien de l’autonomie chez la personne âgée. 
Quel est l'état des connaissances sur la question et comment les politiques publiques peuvent-elles favoriser la promotion de l'activité physique ?



En Europe, 10 % des décès prématurés et jusqu’à 25 % des cancers du sein et du colon pourraient être évités si un niveau minimal d’activité physique était atteint par la population. L’OMS estime que le surpoids et l’obésité sont responsables de 2,8 millions de morts annuels et l’inactivité physique serait, de façon indépendante, responsable de 3,2 millions de morts supplémentaires. Le coût médical de la population pratiquant une activité physique est 30% moins élevé que celui de la population sédentaire  alors que les mesures de médecine préventive dans lesquelles pourrait s’inscrire l’activité physique représentent moins de 3% des dépenses de santé.
Les effets de l’activité physique dépendent en revanche peu du genre ou de l’âge : hommes ou femmes, jeunes ou vieux, les bénéfices d’une activité régulière ou d’une reprise d’activité s’appliquent à tous. Cependant, les modalités d'exercice les plus efficaces et leurs mécanismes d'action ne sont pas clairement identifiés.
L’activité physique au sens large inclut tous les mouvements effectués dans la vie quotidienne et ne se réduit pas à la seule pratique sportive. Les principales caractéristiques d’une activité physique donnée sont l’intensité ou le coût énergétique (en kcal/min), la durée, la fréquence et le contexte dans lequel elle est pratiquée. Elle représente la part variable du métabolisme énergétique, soit environ 15%, alors que les dépenses incompressibles de l’organisme, liées au métabolisme basal et à la digestion, représentent environ 85 % de la dépense énergétique totale.
La sédentarité croissante constatée dans nos sociétés développées n’existe sous sa forme épidémique que depuis la deuxième moitié du XXième siècle, suivant en cela la transformation de l’économie qui voit le pourcentage d’emplois directement liés à l’agriculture passer de 65 % à 4% tandis que celui du secteur tertiaire passe de 14 % à 72%.
On identifie actuellement trois principales situations où se pratique l’activité physique :
1) les activités professionnelles,
2) le cadre domestique et la vie courante (par ex. transport),
3) les activités de loisirs (incluant les activités sportives).
Avec un taux de pratique sportive au moins hebdomadaire de 48 % (population de 15 ans et plus), la France se situe dans la moyenne européenne. En élargissant à l’activité physique (marche, bicyclette, jardinage), 75% des français (de 15 ans et plus) revendiquent une pratique régulière.
Les motivations invoquées pour la pratique d’un sport sont, pour l’ensemble de la population française, essentiellement celles du plaisir, de la santé et de la détente. Toutefois, le niveau d’information, ainsi que la sensibilisation aux normes sociales et le rapport au corps varient beaucoup d’un groupe social à un autre. En 2009, 15,5 millions de licences sportives ont été délivrées en France, tous âges confondus. Ce nombre masque de fortes inégalités territoriales, socio-économiques et culturelles, d’âge et de genre. Par ailleurs, 52 % des français pratiquent le sport hors des infrastructures spécifiques, c’est-à-dire dans la rue, la forêt, un parc, etc... Ces pratiques peuvent être perçues comme le reflet d’une évolution sociale occidentale qui valorise les idéaux d’autonomie et d’hédonisme. D’après les sondages, c’est essentiellement le manque de temps (invoqué par 43 % des Français) plus que le déficit en matière d’infrastructures (2 %) qui empêcherait la pratique sportive. Toutefois, la variable “temps” est à relativiser car de nombreuses études soulignent que les cadres supérieurs font plus de sport que les chômeurs ou les inactifs.
Dans ce contexte, un consensus de santé publique s’établirait autour d’activités quotidiennes correspondant à 30 min d’activité physique modérée (type marche rapide) 5 jours par semaine ou 20 min d’activité physique intense 3 fois par semaine, associé à 20 min de renforcement musculaire. Chez les enfants et les adolescents, un minimum de 60 min d’activité modérée ou intense (éducation physique, sport, jeux…) est recommandé. Ces recommandations générales doivent être adaptées pour des populations cibles particulièrement vulnérables en termes d’inactivité physique : les enfants, les adolescents, les femmes mais également les seniors, les patients porteurs de maladie chronique ou de maladie rare et les personnes en situation de handicap. Toutefois, d’après le baromètre santé de 2008, seulement 42,5% des français pratiquent  une activité physique suffisante pour avoir un effet bénéfique à la santé. Ils étaient 45,7% en 2005.
Si la prescription d’activité physique dans les ordonnances médicales est envisagée afin d’en souligner la plus-value effective aux yeux des patients, les actions de communication incitant à la pratique d’une activité physique régulière pour la population générale doivent privilégier le plaisir et le bien-être plutôt que  la contrainte ou la culpabilité.
En 2001, l’objectif du PNNS1 en matière d’activité physique était d’augmenter de 25% le nombre d’adultes pratiquant l’équivalent de 30 minutes de marche rapide par jour au moins 5 fois par semaine. Toutefois, l’information du grand public ne constitue qu’une partie des stratégies de modification des comportements. Isolée, elle n’a pas montré sa capacité à renforcer l’activité physique dans des campagnes évaluées aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en France. Comme pour les messages nutritionnels, l’adhésion aux recommandations relatives à l’activité physique reste soumise à de nombreux déterminants sociologiques comme le revenu, le diplôme, l’âge, le genre. En 2007, l’évaluation par l’INPES de la campagne “mangerbouger.fr” montrait que les messages véhiculés étaient bien reconnus et mémorisés par plus de 8 Français sur 10, mais peu suivis d’effets. Cette communication serait efficace auprès des populations déjà sensibilisées (femmes, classes aisées) mais peinerait à atteindre les publics les plus concernés (personnes en surpoids, familles défavorisées). Les campagnes pourraient même avoir sur ces derniers des effets contreproductifs résultant d’une frustration, d’un manque d’informations ou d’une mauvaise compréhension .
Avec l’inscription de la santé publique et du sport dans les objectifs du Traité de Lisbonne, l’Union européenne souhaite désormais promouvoir l’action des États membres et des collectivités locales en matière de politiques sportives. En 2008, une commission pour un Plan National de prévention par l’Activité Physique ou Sportive (PNAPS), dirigée par le Prof. Toussaint, a fourni un état des lieux sur le sujet dont le titre synthétise la conclusion : « retrouver sa liberté de mouvement ». Ce rapport a notamment impulsé la campagne de communication, lancée à l’automne 2010, et fondée sur le slogan “Bouger 30 minutes par jour, c’est facile !” faisant suite à celle alliant nutrition et activité physique (www.mangerbouger.fr). L’enjeu de santé publique que représente l’activité physique est de mettre en évidence son caractère naturel et quotidien pour favoriser le passage à l’acte. Par ailleurs, le rapport permet de décliner un certain nombre d’actions, complétant les campagnes de communication, en tenant compte de l’évolution des pratiques, notamment :

·         Favoriser la mobilité active par l’aménagement des espaces publics (plan local d’urbanisme, voiries, plans d’aménagement du territoire...) et les plans de déplacement actif (écoles, universités, entreprises, institutions) ;
·         Développer l’offre partagée d’activités physiques ou sportives (APS) entre éducation nationale, associations, clubs sportifs, collectivités territoriales ;
·         Elargir l’offre des associations et des clubs vers une pratique d’APS non compétitive et adaptée ;
·         Améliorer l’attractivité des lieux publics facilitant la dépense physique (escaliers, réseaux urbains de zones partagées, parcs nationaux ou régionaux...) ;
·         Intégrer l’activité physique ou sportive en entreprise au titre de la prévention et des démarches de santé au travail.
Plusieurs études soulignent le rôle crucial que jouent les choix urbanistiques, la présence d’espaces verts ou d’aires de jeux, l’existence de pistes cyclables et de trottoirs larges, mais aussi l’accessibilité des bâtiments et des magasins, ainsi que la sécurité des piétons et des cyclistes.
Certains dispositifs mis en place avec en première intention le respect de l’environnement, comme l’aménagement de pistes cycles et la mise à disposition de bicyclettes, ont favorisé les déplacements actifs. Les distances parcourues en vélo sont proportionnelles à la longueur des pistes cyclables. A Lyon comme à Paris, le trafic cycliste a doublé après la mise en place des « Vélo’v » et « Vélib’ ». A Lyon, les « Vélo’v » initialement prévus pour 2 rotations par jour, en font 10 en moyenne, ce qui montre le succès de l’initiative. De même, selon la mairie de Paris, la moitié des déplacements intra muros sont aujourd’hui effectués sans moyen motorisé. La mairie souhaite en outre veiller à la préservation des commerces de proximité diversifiés pour encourager la marche à pied. Renforcer l’intermodalité permettant de combiner transports en commun et vélo permet également de renforcer ces pratiques. La prise en compte de la dimension environnementale est donc certainement un levier intéressant pour encourager les déplacements actifs.

Dans un passé encore très récent, les politiques d’équipement impulsées par les pouvoirs publics étaient plutôt axées sur la pratique en club et la compétition. Or, de plus en plus d’activités sportives de masse se déroulent aujourd’hui en dehors de toute structure. L’enjeu, pour le ministère des sports et les collectivités locales, en collaboration avec les fédérations sportives, est désormais d’accompagner davantage le mouvement sportif non organisé. Le succès croissant des « city stades » permettant une pratique sportive informelle, accessible à tous, rend également compte de l’évolution des pratiques.
Les bénéfices de tels aménagements ou actions sont vus ici du point de la promotion de l’activité physique mais ils contribuent bien évidemment à limiter la pollution atmosphérique urbaine et, en canalisant l’énergie des jeunes, ils sont vecteurs de citoyenneté. C’est d’ailleurs une des missions du CNDS (Centre National pour le Développement du Sport), qui par un partenariat Etat, collectivités locales et clubs, favorise le lien social par le sport.
A l’instar de ces aménagements, de nombreuses initiatives sont relayés par les collectivités locales pour favoriser l’activité physique comme le projet ICAPS ciblant plus spécifiquement les scolaires, ou la labellisation ville OMS. Dans de nombreuses communes, la marche sur les trajets école/domicile est encouragée dans par des actions de ramassage scolaire à pied, type « Pédibus ».
Finalement, les politiques publiques contribuent de façon déterminante à la lutte contre la sédentarité. L’évaluation précise de ces politiques s’avère en revanche difficile en raison de la difficulté de définir des indicateurs et d’obtenir des mesures exactes d’activité physique, répétées régulièrement, et à une échelle suffisamment large pour être représentatives de la population.
Dans sa conclusion, le rapport du PNAPS nous propose de retrouver notre liberté de mouvement : « Pour lutter contre notre trop grande sédentarité et ses conséquences, nous proposons de revenir à la source et d’encourager chacun à reprendre progressivement sa liberté de mouvement : retrouver l’étonnement d’une marche en forêt ou simplement le matin  accompagner ses enfants à l’école. Retrouver le plaisir d’un effort commun dans une sortie à vélo en famille, partager la satisfaction d’un objectif atteint par tout un groupe de proches, d’étudiants ou de collègues engagés dans l’effort d’une course au profit d’une association. Retrouver la joie du jouer ensemble (….) plutôt que se laisser détruire à bas bruit devant un poste de télévision ».

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Laurence Mioche- Travail présenté aux Universités d'été de Nutrition de Clermont-Ferrand-Septembre 2011